28 septembre 2006

Chapitre IV

La nuit entre en scène dans la ville de Ciudad Real. On peut encore voir quelques bâteaux volants, semblant nager entre ces nombreuses étoiles, lampadaires de la nuit. Une odeur de souper chaud se faufile dans les rues sombres de Ciudad, réveillant les appétits de chacun. Plus particulièrement celui de Deduchka, apprentit voleur. Il travaille pour le Patron, avec d'autres jeunes clandestins.
Ce soir c'est le grand soir. Une fête a lieu dans le bâteau volant de la famille royale. Il y en aura pour gros. Les invités seront goinffrés d'argent, leurs poches remplies de gourmettes, talismans et autres bijoux. Les pirates aussi seront sur le coup, comme tous les ans, obligeant sa majesté à prendre des mesures de sécurité draconiennes. Mais ce soir, Deduchka et les autres voleurs seront prêts.

Minuit. La famille royale est au complet. Igor, le fils du roi, va ce soir démarrer la cérémonie. Son visage est recouvert par le sang de ses parents, symbolisant l'héritage du royaume. Il se place en haut du trône et crie quelques paroles dans la langue de sagesse, entrainant une foule d'applaudissements immédiats. Le bal masqué peut alors commencer.
Des robes dorées, des masques aux mille paillettes. Une musique et des artifices appellants à sourire. Une ambiance de fête.

"Majesté! Les pirates sont là!". Igor rassure immédiatement les invités sur un ton confiant. Le bâteau volant tangue, une odeur de fumée à canon se répend dans l'immense salle soudain éteinte.
Deduchka et ses camarades se faufilent alors sous les tables où reposent des monts de nourriture grasse.
Romain

25 septembre 2006

Chapitre III

L’embarcation cessa bientôt d’avancer et, comme soutenue par des vents bienveillants, se déposa prudemment sur la terre ferme. C’était un spectacle mémorable pour ce jeune moussaillon, un spectacle rendu impressionnant par le fait qu’il n’en avait admiré nul autre d’une telle splendeur auparavant. Le golfe offrait en effet son meilleur jour à la Santa Daina, de l’azur resplendissant de l’océan aux façades sculptées teintées d’ocre des grattes-ciels, de la végétation luxuriante à l’urbanisme majestueux de la cité, tout Ciudad Real semblait s’offrir à Talib.
La passerelle déployée, l’attente céda aussitôt à l’agitation du flux incessant de l’équipage débarquant sur le tarmac. A ce moment, l’enthousiasme de Talib contrastait avec ce qui apparaissait comme étant un événement tout à fait routinier pour le reste de ses compagnons de voyages. Une tape amicale du capitaine redonna ses esprits au jeune homme qui partit s’engouffrer au beau milieu des marins pressés.
Pour subvenir aux besoins quotidiens de sa nouvelle vie, Talib avait trouvé un petit boulot de pêcheur auprès d’un homme répondant au nom d’Arto Sayen. Ils s’étaient donné rendez vous au parc El Pilar le jour même de son arrivée en ville dans les environs de17 heures. Talib consulta sa carte : le parc se situait en plein centre ville, à une distance raisonnable des docks. Une marche s’amorça alors à travers les boulevards et les ruelles. Les esquives régulières de la foule fourmillante rendirent la tâche plus ardue que prévu. Les commerces et les tavernes, les restaurants et les foires, les bousculades à répétition s’enchaînaient dans une valse enivrante qui commença à angoisser Talib, perdu dans cette foule impersonnelle et démente. Notre homme s’arrêta un instant, assis sur le perron d’une villa fleurie. Il scrutait inlassablement son environnement ainsi que son plan quand un passant vint à lui : « vous n’êtes pas de la Ciudad vous, hein ? – Talib acquiesça, l’air désespéré. L’homme, un vieillard d’une forme étonnante, s’avérait être un passionné de la cité qui y vivait depuis sa plus tendre enfance. Il indiqua la route à suivre au nouveau citadin qui le remercia chaleureusement pour ce précieux service. La montre indiquant qu’il ne lui restait qu’une poignée de minutes pour regagner son point de rendez-vous, Talib repartit au pas de course. Il se réjouissait de se faufiler à travers la population sûr de lui comme s’il avait toujours vécu à Ciudad Real, cela atténuait les angoisses qui trottaient dans sa tête au sujet de la rencontre avec son futur employeur.
Ecartant un énième piéton, il découvrit enfin les larges grilles de fer forgé du square. S’immisçant dans ce petit paradis vert, Talib alla de buissons en bosquets fleuris, enjamba un cours d’eau pour se perdre dans une bambouseraie, emprunta des sentiers pavés de granit rose à la recherche du point de rendez-vous. Un peu tardivement, il y parvint. La statue impériale était effectivement là et, à ses pieds, monsieur Sayen à la mine crispée. Les deux hommes se fixèrent un court instant, Talib prenant conscience que son manque de ponctualité risquait de lui causer des ennuis.
L’entretien s’acheva à la terrasse d’un café, l’employeur et l’employé ayant d’ores et déjà fait connaissance et s’appréciant mutuellement, ils avaient décidé de boire un choppe avant de se quitter.
Talib salua monsieur Sayen et décida d’aller récupérer après cette rude journée. La suite qu’il avait réservée à l’hôtel lui servait d’habitat provisoire, c’est donc là-bas qu’il partit se recueillir dans les bras de Morphée. Il traversa les ruelles et les avenues uniquement mues par les halos de réverbères et les discussions de comptoirs alcoolisés en cette heure avancée de la nuit. En y prêtant une oreille attentive, on pouvait discerner le bruit des flots au large ainsi que le retour des navires de pleine mer. La ville avait désormais revêtit sa parure nocturne. Une légère bruine berçait lentement le sommeil des habitants, le phare balayant l’obscurité de son rayon protecteur, veillant sur Ciudad Real et sur ceux qu’elle accueillait désormais en son sein.
Paul

15 septembre 2006

Chapitre II

À chaque fois qu'ils empruntent la route du café, les navigateurs attendent avec impatience le moment où ils survoleront Ciudad Real. Les hommes de la Santa Daìna vont avoir cette chance dans un court instant. Cela fait déjà quelques temps qu'ils longent l'océan, et cette immense étendue d'un bleu pur leur rapelle à tous tant de souvenirs d'enfance qu'ils voudraient n'avoir jamais à repartir.

Un jeune homme d'une vingtaine d'années sort sur le pont. Les yeux grands ouverts, il ne sait plus quoi dire. Des souvenirs remontent à son esprit à la vitesse de l'éclair : ses premières vacances au bord de la mer, les longues journées de baignade avec ses cinq frères et soeurs, le jour où il avait échappé à la noyade, celui où il avait rencontré Manon. Les larmes aux yeux, il rentre dans la cabine, son capitaine l'attend.

Doucement, le navire commence à perdre de l'altitude. Ils se rapprochent régulièrement de la ville, et contournent déjà le quartier le plus riche, appellé Sueño. De maisons grandioses en propriétés sublimes, ils se rapprochent du centre ville. C'est jour de marché et tous les habitants détournent leur regard des étalages de fruits et légumes aux couleurs enivrantes pour voir passer la Santa Daìna.

Avant de quitter la ville, il faut encore survoler sa partie la moins plaisante, les bidonvilles. Le surnom du quartier, Esperanto, prêterait à rire si l'on ignorait l'extrême dénuement dans lequel vivent ses habitants. En bas, un enfant de sept ans lève un doigt vers le ciel et crie : "Elsa ! Elsa ! Regarde là-haut !".

La jeune fille à qui il s'adresse a à peine cinq ans de plus que lui. Elle lavait le seul vêtement de son petit frère dans un bol minuscule à demi rempli d'eau. Elle secoue ses boucles brunes, et l'on peut apercevoir son visage un court instant. Il est magnifique. Un nez droit, des pommettes hautes, une bouche fine, et des yeux noirs qui envoient un regard vers le ciel qui traverserait les nuages. Elle aperçoit la fantastique machine volante.

Une petite lueur brille au fond de ses grands yeux noirs. C'est la première qu'elle voit passer aujourd'hui. Une voix s'élève : "Arrête de rêver, j'ai besoin de toi !". Docile, la jeune fille reprend son travail. Et son rêve s'empare d'elle à nouveau. C'est promis, un jour, ce sera elle qui volera gracieusement à travers le ciel à bord de la Santa Daìna. Ce sera elle qui fera rêver tous les enfants d'Esperanto.
Sarah