25 septembre 2006

Chapitre III

L’embarcation cessa bientôt d’avancer et, comme soutenue par des vents bienveillants, se déposa prudemment sur la terre ferme. C’était un spectacle mémorable pour ce jeune moussaillon, un spectacle rendu impressionnant par le fait qu’il n’en avait admiré nul autre d’une telle splendeur auparavant. Le golfe offrait en effet son meilleur jour à la Santa Daina, de l’azur resplendissant de l’océan aux façades sculptées teintées d’ocre des grattes-ciels, de la végétation luxuriante à l’urbanisme majestueux de la cité, tout Ciudad Real semblait s’offrir à Talib.
La passerelle déployée, l’attente céda aussitôt à l’agitation du flux incessant de l’équipage débarquant sur le tarmac. A ce moment, l’enthousiasme de Talib contrastait avec ce qui apparaissait comme étant un événement tout à fait routinier pour le reste de ses compagnons de voyages. Une tape amicale du capitaine redonna ses esprits au jeune homme qui partit s’engouffrer au beau milieu des marins pressés.
Pour subvenir aux besoins quotidiens de sa nouvelle vie, Talib avait trouvé un petit boulot de pêcheur auprès d’un homme répondant au nom d’Arto Sayen. Ils s’étaient donné rendez vous au parc El Pilar le jour même de son arrivée en ville dans les environs de17 heures. Talib consulta sa carte : le parc se situait en plein centre ville, à une distance raisonnable des docks. Une marche s’amorça alors à travers les boulevards et les ruelles. Les esquives régulières de la foule fourmillante rendirent la tâche plus ardue que prévu. Les commerces et les tavernes, les restaurants et les foires, les bousculades à répétition s’enchaînaient dans une valse enivrante qui commença à angoisser Talib, perdu dans cette foule impersonnelle et démente. Notre homme s’arrêta un instant, assis sur le perron d’une villa fleurie. Il scrutait inlassablement son environnement ainsi que son plan quand un passant vint à lui : « vous n’êtes pas de la Ciudad vous, hein ? – Talib acquiesça, l’air désespéré. L’homme, un vieillard d’une forme étonnante, s’avérait être un passionné de la cité qui y vivait depuis sa plus tendre enfance. Il indiqua la route à suivre au nouveau citadin qui le remercia chaleureusement pour ce précieux service. La montre indiquant qu’il ne lui restait qu’une poignée de minutes pour regagner son point de rendez-vous, Talib repartit au pas de course. Il se réjouissait de se faufiler à travers la population sûr de lui comme s’il avait toujours vécu à Ciudad Real, cela atténuait les angoisses qui trottaient dans sa tête au sujet de la rencontre avec son futur employeur.
Ecartant un énième piéton, il découvrit enfin les larges grilles de fer forgé du square. S’immisçant dans ce petit paradis vert, Talib alla de buissons en bosquets fleuris, enjamba un cours d’eau pour se perdre dans une bambouseraie, emprunta des sentiers pavés de granit rose à la recherche du point de rendez-vous. Un peu tardivement, il y parvint. La statue impériale était effectivement là et, à ses pieds, monsieur Sayen à la mine crispée. Les deux hommes se fixèrent un court instant, Talib prenant conscience que son manque de ponctualité risquait de lui causer des ennuis.
L’entretien s’acheva à la terrasse d’un café, l’employeur et l’employé ayant d’ores et déjà fait connaissance et s’appréciant mutuellement, ils avaient décidé de boire un choppe avant de se quitter.
Talib salua monsieur Sayen et décida d’aller récupérer après cette rude journée. La suite qu’il avait réservée à l’hôtel lui servait d’habitat provisoire, c’est donc là-bas qu’il partit se recueillir dans les bras de Morphée. Il traversa les ruelles et les avenues uniquement mues par les halos de réverbères et les discussions de comptoirs alcoolisés en cette heure avancée de la nuit. En y prêtant une oreille attentive, on pouvait discerner le bruit des flots au large ainsi que le retour des navires de pleine mer. La ville avait désormais revêtit sa parure nocturne. Une légère bruine berçait lentement le sommeil des habitants, le phare balayant l’obscurité de son rayon protecteur, veillant sur Ciudad Real et sur ceux qu’elle accueillait désormais en son sein.
Paul

2 Comments:

Anonymous alexis. said...

Mais dis moimon petit Paul, c'est très bien tout ça. Quand même.

17:25  
Anonymous Sarah said...

Les descriptions sont bien faites et très réalistes, mais rendent le texte un chouïa plus difficile à lire. Ceci dit, le chapitre est très bien ecrit. Felicitations !

09:25  

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